Un enterrement invraisemblable
Jacques venait de m’apprendre la nouvelle.
J’étais effaré, atterré, cela me paraissait tellement inconcevable.
J’avais encore bu une bière avec lui il y a seulement
deux jours au bar du père La chaise.
Rien ne laissait présager une disparition aussi brutale.
Pierre, à ma connaissance, n’était pas malade,
c’était si peu probable, inenvisageable même
pour un gaillard à la santé inébranlable
ou alors il avait bien su le taire à son entourage mais,
nous nous connaissions depuis l’enfance et il ne se serait pas
embarrassé de
faux-semblants avec moi.
- Au fait Jacques, tu ne m’as pas dit de quoi il était mort.
- Un virus foudroyant, très rare. Il a été terrassé en vingt-quatre heures.
- Pour les funérailles, c’est quand ? On peut lui rendre une dernière visite ?
- Personne ne pourra le revoir, sa dépouille a été mise en
quarantaine et placée dans un cercueil
spécial
afin d’éviter tous risques de contagion.
Les obsèques auront lieu demain dans l’urgence.
On se retrouve place de la République à 16 h,
on se rendra à pied en cortège jusqu'au cimetière.
Il y aura ensuite une courte cérémonie :
bénédiction avant l’inhumation suivie des condoléances à la famille.
Pas de discours, ni fleurs ni couronnes.
Ah ! J’oubliais, il est prévu une veillée funèbre demain soir.
Sylvie a souhaité réunir tous les copains de Pierre
pour lui rendre un dernier hommage.
- Justement, je voulais te demander comment elle réagissait.
Elle doit être complètement effondrée. Tu te rends compte,
à trois semaines de leur mariage, une vie entièrement anéantie.
Je ne sais pas si elle réussira à l’encaisser.
C’est vraiment terrible,
je n’arrive toujours pas à le croire.
Malheureusement la vie continue,
il faut que je retourne au boulot,
on se retrouve demain.
Salut Jacques !
Voilà bientôt un quart d’heure que nous attendons sur la place.
Tout le monde est là, toute la bande de copains, pas un ne manque.
Il est déjà 16 h passées, nous ne voyons toujours pas arriver la famille
ni Sylvie. Ils ont dû accompagner le corbillard en voiture.
Soudain,
à l’angle de la rue de la mairie et de la place de la République
nous voyons poindre l’avant d’une limousine noire…
c’est le convoi mortuaire……l’émotion nous envahit…
Mais ! Que se passe-t-il ?
La limousine accélère dans un crissement de pneus invraisemblable
suivi d’un concert extravagant de klaxons à plusieurs tons.
Arrivant à notre hauteur, la vitre côté chauffeur s’abaisse.
Nous sommes stupéfaits, incrédules.
Pierre apparaît et nous lance :
- Salut les gars, je vois que vous êtes au rendez-vous !
Suivez-moi ! On va enterrer ma vie de garçon !
© bruno ROBERT 2010